TVA mon amour...

Portrait de SHKareshi
Billet écrit par SHKareshi
Le jeu, 17/10/2013 - 11:43

Grrrr.... !!! Il y a des jours comme ça, où il est difficile de ne pas se dire qu'on vit dans un pays vraiment trop bordélique ! Pour ceux qui n'ont pas suivi, donc, Bernard Cazeneuve vient d'annoncer que, finalement, la TVA réduite restera à 5,5% au 1er janvier prochain. Le gag, quoi. On nous parle d'économie, de pouvoir d'achat, d'efficacité des entreprises, et blabla. Concrètement, depuis quelques années, les changements incessants de la TVA ont été de véritables montagnes russes pour les éditeurs, les libraires, les diffuseurs... Des heures de boulot, des heures de paperasse, des coûts supplémentaires, d'arrachage de cheveux, de vérification de comptabilité à n'en plus finir...

Quel impact pour les éditeurs de mangas (et tous les éditeurs, en général, d'ailleurs...) ? Il faut savoir que les droits d'auteurs, reversés aux éditeurs japonais, sont calculés sur la base du prix de vente hors taxe. Et les prix de vente public sont spécifiés dans les contrats de chaque tome, de chaque série. Et donc, le moindre changement de TVA implique une revalorisation éventuelle des contrats : si les volumes sont déjàs publiés, pas de changement de contrat, mais il faudra ajuster les droits d'auteur au nouveau taux de TVA, et vérifier si les avances sont compensées ou pas. Si les volumes ne sont pas encore publiés, il faut recalculer les avances versées, et vérifier si c'est l'éditeur japonais qui a perçu trop d'argent (en cas de hausse de la TVA), ou si c'est l'éditeur français qui doit en verser des complémentaires (en cas de baisse de la TVA). Et au moment des envois des rapports de vente au Japon, il faut théoriquement avoir séparé le nombre d'exemplaires vendus (par tome, par manga donc) sur chaque période.

Atchoum ! Vous n'avez pas tout compris ? C'est normal... Soyons un peu plus explicites. La TVA réduite était d'ordinaire à 5,5%. Mais le gouvernement de Sarkozy a décidé de la passer à 7% au 1 avril 2012. Du coup, pour les rapports de vente de l'année 2012, nous devions séparer le nombre d'exemplaires vendus du 1er janvier au 31 mars, de ceux vendus du 1er avril au 31 décembre. Ça serait à peu près simple s'il y avait peu de titres... Mais imaginez ça sur une centaine de séries, avec plusieurs tomes par série. Ce n'est, évidemment, pas tout. Car au-delà de ça, il faut mettre à jour éventuellement tous les prix de vente public, dans les bases de données des diffuseurs et des distributeurs. Mettre à jour des bases de données etc...

Tout ça, c'est de la paperasse, de l'administratif, de la perte de temps... Le travail d'un éditeur, c'est de publier des livres, de faire de l'éditorial, de la relecture... Alors quand il faut passer des heures en paperasse, comment peut-on parler de "productivité" ? Tout cela ne serait pas si gênant si cela n'avait été qu'une seule fois. Oui mais... Si on résume :

- 1 avril 2012 : la TVA réduite passe à 7%.

- 1 janvier 2013 : la TVA réduite passe à 5,5%.

- On nous annonce qu'au premier janvier 2014, la TVA réduite va passe à 5%. Donc, on lance toute la machine. On recalcule les droits d'auteur des séries de 2014, on lance les avenants des contrats, on commence à remettre à jour les bases de données Hachette etc etc...

- Après des dizaines d'heures de boulots, on nous annonce hier que non, finalement, la TVA restera à 5,5%...

Pour le gag, la deadline de Hachette, pour mettre à jour les bases de données, c'était le 25 octobre. Chez Delcourt, le boulot a été fini... la semaine dernière ! Tout ça, pour rien. On a tous bossé pour rien ! Et nos partenaires japonais vont encore bien se moquer de notre gouvernement, genre "Quoi ? Finalement non ? Ah ah, vous les Français...".

Que le gouvernement ne puisse pas baisser la TVA à 5%, vu la situation économique de la France, je peux le comprendre. Mais pourquoi avoir annoncé aussi vite, aussi tôt, que la TVA allait baisser, dans ce cas-là ? N'est-il pas possible d'étudier tout ça sérieusement avant de faire des vraies-fausses annonces ? Putain, mais on a tous passé des heures pour rien, sachant qu'on a déjà dû faire ça 2 fois en 2012/2013... Quand on multiple ça par le nombre d'employés des éditeurs qui ont été mobilisés (petit ou gros, indépendants ou grosses entreprises), ceux des diffuseurs, des distributeurs, je n'ose même pas immaginer le nombre d'heures de boulot que ça représente. Et sachant que cette TVA réduite ne s'applique pas que sur le livre, dans les autres secteurs, je suppose que ça doit être le même foutoir. Avec des décisions qui changent tous les 6 mois, comment éviter que la France ne soit pas un pays sclérosé par son système ?

Pfuuuuuh.... T_T Et là, on n'a même pas parlé de l'impact sur les prix de vente pour les lecteurs.

Commentaires (8)

Portrait de Morgan

Ah je n'étais même pas au courant du passage à 5%... Mais quel bordel ! Et tout ça pour ça, en plus !! Le pays de la paperasse (sans doute pas le seul) et des décisions finalement pas décidées...

Portrait de Ariane

Je me souvenais du passage à 7% car voir mes libraires réétiqueter + tout simplement les pannonceaux disant qu'avec la nouvelle tva le prix en caisse pouvait différer etc... J'avais pas entendu parler de cette tva réduite pour le coup...

Bon courage à vous. Peut-être qu'il y aura moins de travail pour quand ça passera pour de bon, si ça passe, vu que vous en aurez fait une partie... ?

Portrait de HubIguane

euh, votre dernière ligne est vraiment sérieuse ?? ce sont les éditeurs qui, lors du passage à 7% (soit 1.5% d'augmentation) ont augmentés leurs tarifs de 2à 3% !! et ce sont ces mêmes éditeurs qui n'ont pas rebaissé leurs prix quand la TVA est revenue à 5.5% !
et sinon, il faudrait penser à acheter un PC et un logiciel de compta ! normalement, on appuie sur un bouton et, hop, vos calculs sont faits ! dingue non ?

Portrait de SHKareshi

Ah là là... Toujours à râler, hein ! Oui, ce sont les éditeurs qui augmentent le PVP quand la TVA augmentent. C'est aussi eux, qui décident de ne pas baisser les prix. Je ne l'ai nié nulle part, hein. Je parle juste de réalité, de causes et de conséquences. La réalité, c'est qu'augmenter les prix suite à la hausse de la TVA, ça a un coût (pour les raisons évoquées plus haut), ça prend du temps. Tout est mis en branle, il faut réétiqueter certains livres etc etc... Rebaisser les prix, c'était tout refaire à l'envers. Et c'était du temps, de l'argent. Les éditeurs sont-ils des philantropes ? Non, clairement pas. Mais c'est ça, la réalité : en augmentant, baissant, annonçant qu'on rebaisse, puis en annulant, le gouvernement a causé de nombreuses dépenses à tous les éditeurs. Et par pur pragmatisme, et aussi probablement un peu par flemme (car avoir travaillé des semaines dans un sens, c'est pas motivant d'aller dans l'autre sens), les prix n'ont pas rebaissé.

Quant aux remarques sur "les logiciels de compta", c'est juste une preuve de la méconnaissance du sujet. Aaaah, si l'informatique et les robots remplaçaient les humains...

Portrait de kab

"Ah là là... Toujours à râler, hein !"
Héhé en même temps, c'est toi qu'a commencé ^^ t'es le premier à râler dans ton billet XP

Portrait de SHKareshi

Aaaah, oui... Bien vu T_T (mais c'est quand je râle, que ça fait du trafic sur le site. Quand je suis en mode enthousiaste/bisounours, tout le monde s'en fout !)

Portrait de HubIguane

au moins ces travaux forcés justifieront la hausse de prix de certains éditeurs au 1er janvier !! (et je changerais les prix de mon stocks....que de temps perdu ! ^^)

Portrait de Cyril

Je ne sais pas à quel point ces changements donnent des travaux aux éditeurs et libraires (mais de bons exemples en sont donnés ici) mais je suis, ce qui n'est pas toujours le cas, plutôt d'accord avec ce coup de gueule. Le problème n'est pas la mesure en elle-même : en tant que consommateur, je pense que la baisse de la TVA de 5,5% à 5% n'aurait pas eu de répercussion sur le prix de vente. Le problème vient des changements constants de législation, parfois pour revenir sur ce qui a été décidé peu avant, ou des réformes faites dans l'urgence.

Et à ce propos, dans les services des impôts où je travaille, on est rarement informé avant les décisions et il m'arrive souvent de découvrir des informations par la presse (comme celle du maintien de la TVA à 5,5% dont j'avais entendu parler depuis quelques semaines).

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